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Patrimoine naturel
Thème Patrimoine naturel - Édition 2013
  • Ouvrage de 251 pages
  • au format A4
  • disponible en version papier ou téléchargeable en PDF.
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Marais poitevin à Sansais la Gazette (79)
Marais poitevin à Sansais la Gazette (79)

Ce tome de "l’environnement en Poitou-Charentes", consacré au thème du patrimoine naturel, vise à présenter les milieux et la biodiversité en région selon le modèle « Pressions – État – Réponses » de l’OCDE. (Organisation de Coopération et de Développement Economiques).

La notion de patrimoine naturel désigne l’ensemble des richesses floristiques, faunistiques et paysagères d’un territoire. Ce patrimoine est issu de millions d’années d’évolution. En effet, la vie est apparue sur terre il y a 3,8 milliards d’années. Elle présente une grande diversité. Environ 1,8 millions d’espèces sont actuellement inventoriées et une vingtaine d’espèces nouvelles sont décrites chaque année. Les estimations de la biodiversité spécifique vont de 3 à 30 millions d’espèces.

D’après les chercheurs, les espèces ont une durée de vie moyenne de 1 à 10 millions d’années. La création et l’extinction d’espèces sont considérées comme des phénomènes naturels qui assurent le renouvellement et la continuité de la vie. Cependant des actions d’origine anthropique, tels la destruction et la fragmentation des habitats, les prélèvements excessifs et l’introduction d’espèces allochtones, ont provoqué une augmentation du taux d’extinction qui ne permet plus le renouvellement des espèces et qui provoque une baisse de la biodiversité. Actuellement, on estime que le taux d’extinction des espèces est 1 000 à 10 000 fois supérieur à ce qu’il serait naturellement UICN, (Union internationale pour la conservation de la nature, 2003).

La biodiversité constitue une richesse. Elle fournit la matière première de nos aliments, de nos habillements, de nos médicaments... Elle nous approvisionne en combustibles. Elle assure en permanence la protection des sols, la lutte contre l’érosion, l’épuration des eaux. Elle permet la pollinisation et la dispersion des graines... sans oublier son rôle culturel (esthétique, divertissement) et son rôle dans le maintien de l’hétérogénéité et de la qualité des paysages, qui témoignent d’un patrimoine.

On distingue deux types de biodiversité :
la biodiversité « remarquable » et la biodiversité « ordinaire ».

On qualifie la biodiversité de « remarquable » quand elle correspond à des entités (des espèces, des habitats...) que la société a identifié comme ayant une valeur intrinsèque fondée sur la répartition et les spécificités écologiques de ces habitats ou espèces. La notion de biodiversité remarquable n’est pas purement biologique : elle combine des critères écologique (la rareté ou un rôle fonctionnel déterminant s’il s’agit d’espèces), sociologique (le caractère patrimonial), économique (la prédominance de la valeur de non-usage), juridique (des aires bénéficiant d’un statut de protection, des espèces inscrites sur une liste officielle...).
Et on qualifie la biodiversité d’« ordinaire » (ou commune) lorsqu’elle correspond à des entités (espèces ou habitats) qui n’ont pas de valeur intrinsèque mais qui, par leur abondance et par leurs multiples interactions, contribuent au fonctionnement des écosystèmes et à la production des services qu’y trouvent nos sociétés. (Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes, avril 2009).
Les espaces dits « ordinaires » sont des espaces qui n’ abritent pas - a priori - d’espèces rares ou menacées.

Les mesures de gestion et de conservation concernent majoritairement les espèces et les milieux jugés remarquables. La valeur patrimoniale des milieux est déterminée localement par le recensement des espèces floristiques et faunistiques présentes considérées comme patrimoniales. Ces espèces sont souvent des vertébrés emblématiques. En effet, alors que ces derniers ne représentent que 1/100ème de la biodiversité animale en France, ils comptabilisent à eux seuls 60 % des espèces présentant un statut de protection ou de conservation (Ministère de l’Environnement, 1995). Ces disproportions entre vertébrés et invertébrés ne témoignent pas d’un meilleur état de santé des communautés d’invertébrés, mais plutôt de l’étendue de notre ignorance à leur égard. C’est entre autre pour cela que la préservation de la biodiversité ne doit pas être seulement associée aux espèces rares, patrimoniales mais aussi à la biodiversité commune, censée être abondante et largement répartie, qui elle aussi subit les conséquences des pressions exercées.

De plus, la biodiversité ordinaire conditionne la survie des espèces patrimoniales. Par exemple l’Azuré des mouillères (Maculinea alcon) est un petit papillon de jour protégé et en fort déclin en France. Ce papillon pond ses oeufs sur la gentiane pneumonanthe. La chenille est nourrie par des fourmis qui sont indispensables à son cycle vital. Conserver la biodiversité, c’est garantir le fonctionnement équilibré des écosystèmes. Chaque espèce s’inscrit dans un ensemble et a un rôle à jouer. La disparition d’espèces ne peut qu’entraîner une simplification des écosystèmes, qui les fragilise ; car l’érosion de la biodiversité amène à un point de rupture par rapport à la capacité de résilience des écosystèmes, c’est-à-dire leur capacité de s’adapter, de se reconstituer.

Les pollinisateurs tels que les abeilles voient leurs populations chuter. Le taux de mortalité des abeilles est élevé et devient inquiétant. Les nombreux produits chimiques utilisés, les parasites (notamment le varroa), la monoculture, le frelon asiatique sont autant de facteurs qui réduisent les populations d’abeilles. Pourtant 80 % des espèces végétales dépendent directement de la pollinisation par les insectes.

Vienne Nature-Frelon asiatique

Aujourd’hui, au vu de l’érosion de la biodiversité, un dispositif de suivi de l’état de santé de la nature ordinaire à travers des groupes indicateurs de biodiversité (oiseaux, papillons, chauve-souris, et bientôt plantes et amphibiens), a été mis en place : le réseau Vigie Nature. Il est coordonné au niveau national et déployé au niveau régional. Il s’appuie sur les réseaux naturalistes volontaires auquels le grand public peut participer comme c’est le cas pour l’Observatoire des Papillons de Jardins.

Observatoire des Papillons de Jardins

Comme le montre le programme de Suivi Temporel des Oiseaux Communs coordonné par le Museum National d’Histoire Naturelle, les espèces communes se raréfient : en vingt ans, les populations d’oiseaux communs ont chuté de 12 % sur la période 1989-2009 à l’échelle nationale (MNHN, 2010). Les effectifs des espèces des milieux agricoles, des milieux forestiers et des milieux bâtis ont respectivement reculé de 25 %, 12 % et 21 %, alors que ceux des oiseaux généralistes ont augmenté de 20 %. Les mêmes tendances sont observées en Poitou-Charentes, sauf pour les espèces des milieux bâtis, dont les effectifs ont augmenté entre 1989 et 2009. Citons l’exemple des effectifs de l’hirondelle de fenêtre, qui ont chuté de 42 % de 1989 à 2006 (IFEN 2006). Cet oiseau joue pourtant un rôle important dans l’équilibre des chaînes alimentaires et la régulation des populations d’insectes (MNHN, 2002).

La région Poitou-Charentes est caractérisée par un patrimoine naturel d’une grande richesse et d’une grande diversité. Ceci est dû en grande partie à la multiplicité des habitats qui composent cette région et à l’existence d’un véritable carrefour biogéographique. Poitou-Charentes rassemble une grande partie des contrastes qui dessinent la France : terres chaudes et froides, bocages et champs ouverts, terres d’élevage et terres de culture, côtes et arrière-pays, îles et continent, vallées et plateaux...
Ces différents espaces sont source d’habitats pour une faune et une flore très diversifiées.

Cependant, ce patrimoine est aujourd’hui menacé par le développement des activités humaines qu’elles soient d’origines agricole, industrielle, domestique, touristique ou liées à l’urbanisation et aux infrastructures. La préservation de la diversité des espèces vivantes représente un des grands enjeux environnementaux pour l’avenir. Dans cette perspective, plusieurs conférences et sommets internationaux ont été organisés pour promouvoir dans tous les pays un développement durable et respectueux de l’environnement. Plusieurs mesures réglementaires ont été mises en place afin de protéger et gérer ce patrimoine naturel.

Ce document est découpé selon le modèle « État – Pressions – Réponses »

La partie « Etat » présente dans un premier temps les différents milieux rencontrés à l’échelle de la région Poitou-Charentes. Dans un deuxième et troisième temps, elle s’intéresse de plus près à la flore et la faune régionales. Une description générale est d’abord réalisée pour chaque groupement d’espèces puis ces espèces sont présentées en lien avec le contexte régional picto-charentais.

La partie « Pressions » traite des différents acteurs et des actions pouvant avoir un impact sur le patrimoine naturel en Poitou-Charentes. En effet, les usagers de la nature sont de plus en plus nombreux : agriculteurs, aquaculteurs, pêcheurs, chasseurs, forestiers, promoteurs, amateurs de sports et loisirs de nature, etc., et les milieux n’ ont pas toujours la capacité de répondre à la demande. Le manque d’espace et de ressource biologique (espèces) ou physique (eau, sol, etc.) peut engendrer des concurrences et des conflits d’usages et d’intérêts parfois exacerbés. Au-delà de son enjeu environnemental, la gestion des milieux et des espèces a donc une portée sociale et politique forte et ne peut se faire qu’ avec la collaboration et la coordination entre les usagers.

Enfin, la partie « Réponses » s’attache à fournir différentes clés permettant de suivre l’évolution de la biodiversité et de mieux gérer les différents problèmes pouvant affecter le patrimoine naturel. Dans un premier temps, sont décrits les différents inventaires mis en place à l’échelle nationale puis à l’échelle régionale. Dans un deuxième temps, les moyens utilisés pour préserver et gérer les milieux et les espèces associées sont présentés (tels que les conventions internationales type Ramsar, Ospar ou Berne, les engagements européens ou les protections réglementaires françaises relatives aux espaces et aux espèces ...).

convention de Ramsar - Ospar - Berne
Cigogne noire
Cigogne noire
  •  Pour aller plus loin
  • Amphibiens : Classe de vertébrés tétrapodes (quatre pattes) poïkilothermes, à peau nue, généralement ovipares.
  • Biodiversité : Variété du vivant à tous ses niveaux : les gènes, les espèces et les populations, les écosystèmes et les processus naturels qui assurent la perpétuation de la vie sous toutes ses formes.
  • écosystèmes : Ensemble écologique constitué par les éléments inertes d’un milieu (sol, eau, etc.) et des êtres vivants, entre lesquels existent des relations énergétiques, trophiques, etc.
  • Habitats : Entité écologique correspondant au lieu où vit une espèce et à son environnement immédiat.
  • Insectes : Arthropodes dont le corps, en trois parties (tête, thorax, abdomen), porte trois paires de pattes, deux paires d’ailes et une paire d’antennes. Leur respiration est trachéenne (par la trachée) et ils peuvent subir une ou plusieurs mues et/ou métamorphoses.
  • Oiseaux : Classe des vertébrés au corps recouvert de plumes présentant des caractéristiques anatomiques, les ailes, qui leur permettent de voler.
  • Communauté : ensemble des individus appartenant à plusieurs espèces qui coexiste dans un même milieu et qui forment des ensembles fonctionnels en interaction les uns avec les autres ; partie d’une biocénose.
  • Populations : ensemble d’êtres vivants d’une même espèce, occupant un territoire déterminé, présentant des caractéristiques propres et qui se perpétuent dans le temps.
  • Sols : Formation superficielle en place (formation pédologique) résultant de l’altération des roches. On caractérise un sol par ses différents niveaux que l’on nomme horizons, avec de haut en bas tout ou partie des horizons suivants : A (ou éluvial, ou de lessivage), B (ou illuvial, ou d’accumulation, C (correspondant à la roche mère fragmentée et peu transformée, R (roche mère indemne).
  • vertébrés : Sous-embranchement de C(h)ordés comprenant les animaux les plus évolués, caractérisés par un tube nerveux qui se dilate en un encéphale, une colonne vertébrale (en position dorsale) et un appareil circulatoire comportant un cœur différencié.
  • invertébrés : Tout animal dépourvu de colonne vertébrale. Les invertébrés constituent la majorité du règne animal et incluent toutes les espèces qui ne sont pas des vertébrés qui, eux, ont un squelette et des vertèbres.
  • Anthropique : Qui résulte de l’action de l’homme.
  • milieux : Un milieu naturel est caractérisé par un ensemble d’éléments qui agissent directement ou indirectement sur tout ou partie des organismes qui l’habitent. Les éléments constituants d’un milieu naturel sont principalement le sol, le relief, le climat et les êtres vivants qui le peuplent. Ainsi, biotopes et biocénoses forment des écosystèmes dont les multiples interactions conditionnent la stabilité ou l’évolution du milieu. Des perturbations naturelles ou anthropiques peuvent rompre cet équilibre et entraîner la régression ou la disparition du milieu.
  • Allochtones : En écologie, le qualificatif allochtone est utilisé pour désigner des espèces d’origine étrangère au biome local. Il s’agit le plus souvent d’organismes introduits par l’homme, soit volontairement, dans une perspective économique ou esthétique, soit accidentellement.
  • espèces :

    La discipline qui étudie et décrit la biodiversité des êtres vivants et leurs relations, et qui traduit les relations de parenté entre les taxons par une classification, s’appelle la systématique.

    Selon les "traditionnels" concepts morphologiques et mixiologique, une espèce est définie par l’ensemble des populations qui possèdent des caractéristiques anatomiques et physiologiques homogènes et dont les individus ne se reproduisent qu’entre eux. Actuellement, c’est le concept d’espèce évolutive qui est le plus largement répandu : une espèce est une lignée unique de populations formée d’une suite d’ancêtres et de descendants qui maintient son identité à l’égard des autres lignées (Wiley, 1978).

    Même si la notion d’espèce n’est pas exactement la même pour les animaux et les végétaux, on retiendra qu’une espèce est constituée d’un groupe de populations géographiquement isolées et qui présentent chacune un pool génétique propre. Cette diversité génétique est à l’origine des réponses évolutives et adaptatives des êtres vivants et de la création de nouvelles espèces (spéciation).

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