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4 - Les espaces à usage agricoles

Thème Patrimoine naturel - Édition 2013
  •  Ouvrage de 251 pages
  •  au format A4
  •  disponible en version papier ou téléchargeable en PDF.
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    La France est le premier producteur agricole de l’Union Européenne et le second exportateur mondial après les Etats-Unis.

    L’agriculture est l’un des grands secteurs de l’économie régionale picto-charentaise. En 2010, la Surface Agricole Utilisée (SAU) représente plus des deux tiers du territoire régional (plus d’1,7 millions d’hectares) (Agreste Poitou-Charentes, 2011a). Plus de la moitié des terres arables est occupée par des cultures céréalières, 20 % par des oléagineux ; tandis que les prairies artificielles et temporaires représentent environ 16 % des surfaces cultivables (Agreste Poitou-Charentes, 2011b). Les surfaces toujours en herbe (appelées aussi prairies naturelles ou prairies permanentes) destinées à l’alimentation des animaux d’élevage représentent 13 % de la SAU en 2010 (Agreste Poitou-Charentes, 2011b). Le Poitou-Charentes possède le plus gros cheptel caprin régional d’Europe (Agreste Poitou-Charentes, 2012) et est la première région de France productrice de fromages de chèvre (Agreste Poitou-Charentes, 2010). Le développement de l’élevage hors-sol pour la fourniture de lait ou de viande, avec recours aux plantes fourragères et aux aliments composés, a structurellement modifié l’utilisation de l’espace pour les activités d’élevage de la région. Il concerne principalement les bovins, porcins, volailles, lapins et caprins tandis que les ovins sont plus souvent élevés en plein air.



    Les grandes cultures

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    S’opposant à la petite culture vivrière par ses pratiques, ses techniques culturales et les revenus qu’elle induit, la grande culture a pour objectifs le commerce et l’exportation par le biais d’une production unique sur une grande surface, constituant alors des zones d’openfield.

    Entre 1990 et 2008, la surface de cultures céréalières a augmenté de 114 200 ha (Agreste Poitou-Charentes, 2009).
    En Poitou-Charentes, où 7 agriculteurs sur 10 produisent des céréales, le regroupement des exploitations et la mécanisation ont conduit à une spécialisation aux dépens de la polyculture.

    Avec 17 210 exploitations professionnelles en 2007, la région Poitou-Charentes a perdu plus de la moitié de ses exploitations agricoles professionnelles en un quart de siècle. Dans le même temps, la surface agricole utilisée reste stable. Donc la surface moyenne de ces exploitations a doublé et s’élève aujourd’hui à 93 hectares. (Agreste Poitou-Charentes, 2009)

    En 2007, les fermes de moins de 50 ha ne représentent plus que 25 % des exploitations contre 40 % en 2000 et exploitent moins de 10 % de la Surface Agricole Utile (SAU).(Agreste Poitou-Charentes, 2009). Entre 2000 et 2005, plus d’une exploitation mixte, de polyculture ou de polyélevage sur 5 a disparu. Mais, en 2005 ces dernières représentent un quart des exploitations en région contre 15 % au plan national.

    L’étude du recensement agricole 2000 menée par Agreste en Poitou-Charentes montrait nettement cette évolution : en 1988, 47 % des exploitations étaient mixtes (polyculture et polyculture-élevage) contre 12 % en 2000. Le secteur des grandes cultures compte 28 % des exploitations et correspond à plus de 40 % de la SAU régionale : céréales (blé ou maïs), oléagineux (tournesol ou colza) et plantes fourragères. Ainsi, la région se situe aux premières places des producteurs français pour le blé, le tournesol, le tabac et les graines de plantes fourragères.

    Entre 2006 et 2009, des changements d’occupation des sols ont concerné près de 91 000 hectares : les espaces cultivés ont perdu 17 700 hectares au bénéfice des espaces artificialisés et 22 000 hectares au profit des espaces « naturels » ; les espaces artificialisés ont rétrocédé 15 000 hectares à l’agriculture ; les échanges entre espaces naturels et sols artificialisés se sont équilibrés (Agreste Poitou-Charentes, 2011a).

    Les grandes cultures étant d’importantes consommatrices d’engrais minéraux, les sols pictocharentais présentent des excédents élevés d’azote minéral qui se retrouvent dans les eaux superficielles.

    Open-field en Charente-Maritime
    Open-field en Charente-Maritime
    Les grandes cultures et la biodiversité

    La plaine céréalière est un milieu pouvant accueillir une grande diversité d’espèces (oiseaux, insectes, mammifères, plantes).

    Les plantes messicoles (plantes liées aux moissons du latin messio qui signifie moisson) comme le bleuet, le coquelicot, la nielle des blés, l’adonis, le miroir de Vénus... sont des espèces typiques des milieux cultivés.
    Aujourd’hui relictuelles du fait des profondes mutations agricoles de ces 50 dernières années, elles ne subsistent plus que dans les quelques prairies, jachères, friches et
    bordures de champs.

    Les plaines cultivées hébergent aussi de nombreux oiseaux spécialistes de ces milieux comme l’alouette des champs, le bruant proyer, l’oedicnème criard mais aussi des rapaces comme le busard cendré et le busard Saint Martin. Mais ces populations d’oiseaux de plaine sont en constante régression et subissent de plein fouet les nombreuses modifications des pratiques agricoles (intensification et homogénéisation des modes de cultures, utilisation massive de produits phytosanitaires et d’engrais chimiques, abandon des pratiques et usages traditionnels...).
    Leur survie est dépendante entre autres de la ressource alimentaire (insectes, micromammifères...etc) et de sa disponibilité. Hors, une ressource variée et abondante sera le fruit de la conservation de la diversité des milieux (ou mosaïque) qui compose les paysages de plaine (prairies de fauche, prairies pâturées, luzernes, céréales...).

    En Poitou-Charentes, l’espèce emblématique des plaines céréalières est l’outarde canepetière (Tetrax tetrax). La femelle niche à même le sol dans les herbages hauts (luzernes en particulier, jachères ou repousses de céréales). Pour élever sa couvée, elle a besoin d’une composition floristique diversifiée (feuilles, jeunes pousses, petites fleurs, graines) mais aussi de sauterelles, coléoptères, escargots, araignées... Les mâles
    eux, exigent une végétation rase et clairsemée pour parader et demeurent sur des terrains dégagés et ouverts comme les pelouses, les jachères mais aussi les premières pousses de tournesol ou de maïs (tant que la végétation ne dépasse pas une trentaine de centimètres).

    Outarde Canepetière
    Outarde Canepetière

    L’outarde, espèce d’importance internationale, est aujourd’hui menacée d’extinction principalement en raison de l’intensification de l’agriculture. 13 des 20 espèces d’oiseaux qui ont le plus régressé en France dans les vingt dernières années (régression de plus de 50 % de leurs effectifs nicheurs) sont des espèces des milieux agricoles (LPO Vienne, 2012).
    La création de jachères, de bordures enherbées... et de manière générale la diversification des pratiques culturales et d’élevage doivent être encouragées car elles sont les garantes du maintien de la biodiversité de ces espaces.
    Les Mesures Agro-Environnementales, proposées aux agriculteurs, sont un des outils disponibles aujourd’hui pour encourager des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.



    Les bocages

    Contrairement aux zones de grandes cultures, le bocage est clos. Il est, le plus souvent, constitué de prairies délimitées par des talus de terre et de pierres couronnés de haies et à la base desquels se trouvent des fossés. On distingue différents types de bocage selon le type de clôtures ou de parcelles entourées, les espèces d’arbres dominantes, la forme et la dimension des mailles. La densité de haies par hectare et la surface des parcelles au maillage sont des paramètres importants influant sur la biodiversité faunistique (Pôle bocage et faune sauvage de l’ONCFS, 2013)

    Entre 1992 et 2003, 20 399 ha d’arbres épars, de haies, de bosquets et de chemins ont disparu (Agreste Poitou-Charentes, 2004). La Région Poitou-Charentes a sollicité l’IAAT (Institut Atlantique d’Aménagement du Territoire Poitou-Charentes) pour réaliser une analyse précise de l’évolution du linéaire de haies dans les grandes entités paysagères régionales entre 1960 (première vague du Remembrement agricole) et 2000-2006.

    Les paysages de bocages de Poitou-Charentes
    Les paysages de bocages de Poitou-Charentes

    15 zones de 2500 ha ont été sélectionnées :
    > Les plaines de champs ouverts et bocage : La Plaine d’Aunis, la Plaine de Niort, les Plaines de Neuville, Montcontour et Thouars, les Plateaux de Pamproux et de Lezay et les Terres Rouges ;
    > Les plaines vallonnées-boisées : La Région du Tuffeau, les Terres de brandes, le Ruffécois, la Plaine Haute d’Angoumois, la Campagne de Pont-l’Abbé-Gémozac ;
    > Les bocages : La Gâtine de Parthenay, le Bocage Bressuirais, les Terres Froides ;

    > Les terres viticoles : La Champagne Charentaise, Le Pays Bas ;
    > Les terres boisées : Les Collines de Montmoreau.

    Sur l’ensemble des paysages étudiés qui représentent 57 % du territoire régional, on constate un recul de 35 100 km de haies sur 97 000 km présents dans les années 60
    soit 36 % de perte depuis cette période. (IAAT, 2009)

    Les bocages et la biodiversité

    En 2002, selon le CREN, les différents types de bocages représentaient environ 21 % de la superficie régionale (cf. cartographie).

    Le bocage est un milieu multifonctionnel. Plus qu’un habitat, le maillage des haies, bosquets et vieux arbres remplit des fonctions de corridor biologique entre différents milieux et de refuge pour la reproduction de nombreuses espèces. Le bocage accueille une grande diversité d’espèces, qu’elles soient « banales » ou « remarquables ».

    Citons le hérisson, la belette, la buse variable, le lapin de garenne qui sont des espèces assez communes mais qui ont un rôle important dans l’équilibre des écosystèmes. Le bruant jaune (Emberiza citrinella) et la fauvette grisette (Sylvia communis) sont deux espèces d’oiseaux inféodées au bocage, leur survie dépend ainsi de la conservation de
    cet habitat. A l’échelle nationale, ces deux espèces sont en nette régression : - 38 % entre 1989 et 2008 pour le bruant jaune et - 13 % entre 2001 et 2008 pour la fauvette grisette (MNHN, 2010).

    Outre les fonctions biologiques du maillage, le système fossé - talus - haies du bocage présente une grande importance écologique : action anti-érosive, circulation et épuration de l’eau, brise-vent, etc.

    Le bocage est également un milieu apprécié du public en tant que patrimoine culturel et paysager.

    Depuis la mise en œuvre de la loi sur le remembrement, la constitution de grandes parcelles et la mécanisation de l’agriculture ont provoqué une importante destruction
    des haies et talus. La réduction de ce milieu a entraîné la disparition de toute une chaîne alimentaire.

    La raréfaction des bocages a eu une influence néfaste directe sur les populations d’oiseaux inféodées à ce milieu (comme le bruant jaune et la fauvette grisette par exemple). Elles y trouvaient là un endroit pour nicher et des ressources alimentaires, notamment sous forme d’insectes dont les larves se développent, pour certains, dans le bois mort (grand capricorne, cétoine, géotrupe, etc.), ou pour d’autres dans les excréments du bétail. Les rhinolophes (chauve-souris) viennent chasser de gros insectes dans ces milieux et sont affectés par l’utilisation massive de vermifuges pour le bétail, qui se retrouvent concentrés dans ses proies.

    Géotrupe
    Géotrupe


    Les prairies

    La carte ci-dessus présente les paysages de prairies et de bocages du Poitou-Charentes. Ces paysages apparaissent dominant en Deux-Sèvres, sur la partie Est de la région ainsi que sur la côte charentaise. Ces données sont cependant à nuancer puisque seuls les espaces d’au moins 25 hectares sont représentés ici.

    La prairie est le symbole de l’économie pastorale et jusqu’au milieu du XXème siècle, la récolte d’herbe par la fauche et/ou le pâturage apportait l’essentiel de l’alimentation du bétail. En de nombreux endroits, l’agriculture moderne a mis un terme à ces pratiques
    ancestrales avec l’abandon du fauchage, la prolongation du pâturage et l’utilisation d’engrais. De plus, les politiques publiques (primes) ont conduit au remplacement de l’herbe par le maïs dans les rations animales et au retournement fréquent des prairies pour la mise en culture intensive.

    La prairie peut être permanente ou faire partie d’un système de rotation dans lequel elle fait périodiquement place à des cultures annuelles. La valeur biologique d’une prairie dépend notamment de son âge, de la fréquence des retournements et de son mode d’exploitation.

    La prairie naturelle, est en principe de durée illimitée. Elle n’a été ni labourée, ni ensemencée et sa flore est composée d’espèces issues de la végétation herbacée locale. Elle est consacrée à la production d’herbe et d’autres plantes fourragères herbacées. Toute surface en herbe (hors jachère) traitée ainsi depuis cinq ans ou plus doit être déclarée comme prairie permanente.

    Les prairies de fauche sont des formations herbacées hautes (plus d’1 mètre en général), dominées par des graminées (par exemple l’avoine élevée (Arrhenatherum elatius) ou le brome mou (Bromus hordeaceus...). Cet habitat est lié à un mode de gestion : la fauche, qui permet de conserver sa structure et son cortège d’espèces.

    Afin de conserver au maximum la biodiversité, il est conseillé de faucher tardivement afin que les oiseaux et les insectes accomplissent la totalité de leur cycle. Les principales
    menaces qui pèsent sur les prairies de fauche sont :
    > l’abandon qui entraîne le développement d’une végétation préforestière,
    > la surfertilisation qui provoque un appauvrissement extrême et un changement qualitatif d’habitat,
    > la reconversion en culture intensive.

    Les prairies temporaires sont semées depuis moins de six ans en graminées fourragères (ray-grass, fétuque...), associées ou non à des légumineuses (au moins 20 % de graminées). Les plantes sont destinées à être pâturées, fanées ou ensilées : c’est une « culture » d’herbe qui occupe le sol pendant une durée variable. Les prairies artificielles sont composées d’au moins 80 % de légumineuses semées (trèfle, luzerne, sainfoin...) et peuvent être exploitées pendant 2 à 7 ans.

    On distingue également différents types de prairies en fonction de la nature du sol (quantité d’eau et richesse en nutriments). Il existe un gradient allant de la prairie
    sèche à la prairie humide en passant par la prairie mésophile.

    La prairie naturelle « humide », comme son nom l’indique, tire sa spécificité de son hydromorphie, c’est- à- dire de la présence quasi constante d’eau dans le sol. Cette particularité fait que la biodiversité présente est très spécifique. Le cuivré des marais (Lycaena dispar) ou le damier de la succise (Euphydrias aurinia) peuvent être trouvés dans ce type de milieu.

    Les prairies humides alluviales, situées dans le lit majeur des rivières, sont des zones naturelles d’expansion des crues qui n’existent que grâce à un entretien par fauche ou pâturage. Lorsque cet entretien disparaît, la dynamique végétale prend le dessus et évolue vers l’établissement d’espèces ligneuses qui ferment le milieu..

    En hiver, les crues apportent des sédiments et des éléments nutritifs sur l’ensemble de la zone inondable, favorisant une forte diversité et une productivité biologique élevée. La période d’inondation hivernale est indispensable à la survie des espèces végétales qui y vivent.

    En Poitou-Charentes, l’habitat prairial (de fauche ou pâturé) est aujourd’hui très disséminé et souvent dans un mauvais état de conservation (cortèges spécifiques appauvris). Les échantillons les mieux conservés ne s’observent plus que par cas isolés aux flancs de petites vallées encore peu touchées par l’agriculture intensive (Est 86, Est et Sud 16, Sud 17, Nord 79). (Poitou-Charentes Nature, 2006).

    Entre 1992 et 2003, 77 926 ha de prairies ont disparu en Poitou-Charentes, dont 17 437 ha de prairies artificielles, 34 929 ha de prairies temporaires et 25 560 ha de prairies permanentes (Agreste, 2004).

    Les prairies et la biodiversité

    La richesse floristique attire une faune variée et notamment des espèces d’un grand intérêt patrimonial, tel le râle des genêts (Crex crex), protégé à l’échelle nationale et Européenne. Cette espèce niche au sol dans les herbes hautes, et sa survie dépend grandement de la conservation des prairies inondables. Les fauches précoces peuvent entraîner la destruction des pontes et des poussins. Cette espèce peut également être victime de la chasse en période hivernale ainsi que de la collision contre les lignes électriques.

    Râle des Genêts
    Râle des Genêts

    Les prairies naturelles de fauche et les prairies humides présentent une richesse d’espèces d’invertébrés (criquets, sauterelles, grillons...), de reptiles, de batraciens, de petits mammifères, d’oiseaux... plus importante par rapport aux prairies temporaires. Par ailleurs, ces dernières favorisent plutôt les graminées à croissance rapide au détriment des fleurs sauvages. Le site Natura 2000 de la Basse vallée de la Charente (10 670 ha dont domaine maritime) présente de nombreuses prairies hygrophiles à gradient décroissant de salinité de l’aval vers l’amont. Celles-ci présentent des espèces protégées au niveau national comme l’angélique des estuaires (Angelica heterocarpa), ainsi que de nombreuses espèces endémiques et méditerranéennes. Depuis plusieurs décennies, la maîtrise artificielle des grands cours d’eau tend à réduire les crues, conduisant à la régression d’espèces inféodées aux prairies humides.

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